25.03.2009
La Destinée de Jacqueline
Dans notre grand concours de la semaine de la langue françaisestrong>, nous avions demandé des saynètes, c'est-à-dire des pièces très courtes. En une page, maximum trois. En signes typographiques de 1500 signes à 5000 signes. Nous serions allés jusqu'à 6000. Mais Jacqueline, emportée par sa verve et son talent, nous a écrit une pièce de plus de 19 000 signes : Destinées...
Hors concours ! Mais avec les félicitations du Jury qui souhaite que sa pièce soit jouée. On demande donc des volontaires, deux hommes, deux femmes, âge moyen.
Pour en juger, voici un extrait.
Destinées
Extrait
scène 2
Daisy chantonne, va et vient, un tricot dans les mains mais plante tour à tour, l’une ou l’autre aiguille dans sa coiffure.
Daisy : Pernelle ! … Est-ce que tout est prêt pour ce soir ?
Pernelle apparaît, mais reste en partie cachée par la porte de la cuisine
Pernelle : Mais, oui, mademoiselle, et toi ? Es-tu suffisamment élégante pour cette soirée ?
Daisy : Je ne reçois pas une princesse de sang, mais mon frère qui vient me présenter sa fiancée.
Pernelle : On dit ça, mais on veut quand même paraître ! Je te connais …
Un train siffle au loin …
Daisy : C’est le train …
Pernelle : Et alors ! Il vient en voiture ! Il n’y a pas le feu, en voilà des manières, même Blondie ne tient plus en place ! Le génome de la famille sans doute …
Daisy : pourvu que …
Elle paraît préoccupée et songeuse …
Pernelle se retourne brusquement écoutant un bruit.
Pernelle : On sonne à la grille !
Daisy : Va voir ... Sois pas godiche … Gaétan a oublié sa clé, ça ne m’étonne pas !
Pernelle de retour, effarée, ne sait comment dire.
Pernelle : C’est un monsieur …
Daisy : Un monsieur ? Que veux-tu dire ? Je ne reçois pas !
Pernelle : Regarde ! Il est près de moi !
Daisy se retourne. Reste muette devant l’homme qui ne la regarde pas. Il s’adresse à Pernelle.
Georges : Suis-je chez Monsieur Palais ?
Daisy : Chez mademoiselle Palais.
L’homme se retourne vers Daisy et parait surpris en la voyant.
Georges : Toi ? C’est toi ? … C’est inouï … Pas possible … Je rêve …
Il se laisse tomber dans un fauteuil, se relève, ajuste son imperméable et réajuste son col.
Georges : Merde alors ! … C’est pas ce que je veux dire. C’est la surprise ! C’est absurde …
Daisy : Qu’est-ce que je dois dire, moi !
Georges : Moi, je ne sais plus, pour une fois je suis sans voix, ça ne m’est jamais arrivé ; je croyais pouvoir faire face à toutes les situations.
Daisy : D’où viens-tu ? Pourquoi cette arrivée dans mon humble demeure ? D’où tombes-tu ? Et pourquoi ce soir ? Tu arrives très mal, j’attends Gaétan qui me présente sa fiancée.
Georges regarde Daisy intensément.
Georges : (éclatant de joie) C’est extraordinaire que je sois chez toi ! Je n’en reviens pas … Ce hasard … Bien heureuse coïncidence. Qu’ai-je fais pour avoir cette chance ? Alors que …
Daisy : Je ne sais pas si tu le mérites, je trouve ta présence absurde, et pourquoi ce soir ? Et, comment as-tu fait pour trouver mon adresse ?
Georges : Je suivais un couple depuis Paris ; je l’ai perdu de vue près d’ici et voyant la maison depuis la route, je suis venu me renseigner ; je crois comprendre que l’homme est ton frère ! Vrai ?
Daisy : Je ne sais pas …Mais pourquoi ?
Georges : Je t’expliquerai plus tard … (Sur un ton câlin) Sais-tu chérie, que je te trouve merveilleuse, toujours aussi belle, tu es restée sans mes pensées et dans mon cœur …
Daisy : Tu me fais rire … (Elle rit sans joie). Tu m’as oubliée pendant toutes ces années et dans quelques secondes tu vas me faire une déclaration d’amour …
Georges : Mais oui … À l’instant, si tu le veux.
Il se met à genoux devant elle et fait signe de l’implorer.
Georges : Je t’aime … t’aime … toujours … encore plus ce soir !
Daisy le balayant d’un coup de jupe.
Daisy : Tu rigoles !
Georges redevenant sérieux, se relève.
Georges : Sais-tu que ta disparition brutale a étonné tout le monde ! Et je t’ai cherchée à mon retour à Paris. Personne n’a pu, ou n’a voulu, me renseigner. Mes amis, les tiens, muets comme des carpes. (Criant) Dis-moi, je veux savoir !
Daisy soudain sérieuse :
Daisy : Oh, c’est banal et triste, une longue histoire, pas très jolie et tellement loin de tout ce que j’avais rêvé, une belle époque qui bascule, époque remplie de bonheur, de succès et d’insouciance. Quand la douleur arrive, on surmonte sa peine on souhaite que la joie revienne et qu'elle redevienne pérenne… Quand tout bascule brutalement, on se doit de prendre des décisions brutales qui transforment une vie de rêve en vision de cauchemar …
Il faut capter son énergie pour produire autre chose de moins frivole, j’ai fait de mon mieux…
Georges d’une voix tendre et attentive
Georges : Dis-moi qu’est-il arrivé ?
Daisy d’une voix sans tonalité
Daisy : Un accident de voiture comme il y en a tant … Mes parents, ma toute jeune belle-sœur … morts ; mon jeune frère blessé, seule, leur toute petite fille, un bébé, était indemne.
Georges maintenant aux pieds de Daisy qui s’est assise :
Georges : Ma grande, je n’ai rien su, personne ne m’a dit …
Daisy : Tu étais à Rio, ton spectacle marchait bien … Heureusement, Pernelle était auprès de moi.
Georges : Gentille Pernelle, ton habilleuse, je l’ai reconnue en arrivant …
Daisy : Avec elle j’ai soigné mon frère, élevé sa fille ; me suis enracinée dans la maison familiale. J’ai transformé ma vie, je suis presque une vieille fille rompant avec tout mon passé, mais pas avec toi, car moi aussi je t’ai recherché, mais trop tardivement pour te retrouver. Et j’ai abandonné, restant seule avec ma peine.
Daisy fait la moue, secoue la tête lorsque Georges enlace ses jambes.
Daisy (le repoussant): Ne fais pas le gamin ! Je n’ai plus vingt ans !
Georges : tu dis n’importe quoi, ta vision de la vie est faussée, tu vois les événements de la lune, dans un clair de terre plus obscur que nature, mais tu es jeune de cœur, jeune d’esprit et … Toujours aussi désirable … Et je t’aime !!!!
La suite, peut-être, si vous nous trouvez des acteurs, pour la mettre en espace, en voix, en jambes, sur scène, quoi !
12:05 Publié dans Concours, Langue, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, semaine de la langue française
20.03.2009
Résultats du concours (5)
Et voici le premier prix de notre concours de la semaine de ma langue française. C'est un texte de Danielle Siron. Je vous laisse découvrir la douceur, l'intelligence et la délicatesse des personnages et des sentiments. La situation dramatique ? Un subtil mélange de réel et de surnaturel, d'inquiétude et d'apaisement. Le jury a été unanime devant ce texte porteur d'espoir.
DES MOTS POUR DEMAIN
C’est le matin. Une jeune femme enceinte s’étire sur le bord de son lit.
La maman : Bébé je crois que tu es prêt. Maintenant il faut te décider ! Qu’attends-tu ? Tu ne veux pas venir à la découverte de ton nouveau monde ?
le bébé : pas sûr…
La maman : Bébé, c’est toi qui as dit ça ?
le bébé : Oui, c’est moi…
La maman : Mais…
le bébé : Je suis bien chez toi ; pas sûr de vouloir d’un ailleurs.
La maman : Mais ce n’est pas possible de rester là où tu es, tu vas devoir venir me montrer le bout de ton nez ! Tu n’as pas l’air très curieux, mon tout petit !
le bébé : Ne crois pas cela. Au contraire. Cela fait déjà quelques temps que j’essaie d’imaginer ce jour et même les lendemains de ce jour, de m’en faire une vision douce, accueillante, poétique…
La maman : Et … ? ça ne marche pas ?
le bébé : Souvent, si. Je dresse tous mes capteurs et mes sens s’affairent, même le sixième…J’ai déjà découvert le bruissement du vent dans les arbres, la légèreté du clapotis de l’eau, la joie partagée avec tous ceux qui parlent et chantent avec toi. Et aussi le mouvement et le repos, la musique et le silence, tant d’instants à désirer …hmmm ! !
La maman : Tu as déjà ressenti de belles émotions, j’en suis si troublée… Et tu verras lorsque tu auras accepté de venir ici, de te transformer en terrien un peu moins aquatique ; Toutes tes émotions seront plus vives, plus colorées… Plus intenses… Plus belles aussi je crois, car la magie de ce monde persiste dans la fraîcheur des regards.
le bébé : Magie…mystères…
Je ne comprends pas tout ce que je perçois. Ou, peut-être que je ne souhaite pas comprendre quelques fois. Tiens par exemple, je capte des séries de «clics» froides et inquiétantes…
La maman : Non Bébé ! Ne t’en fais pas pour ça ; c’est ce qu’on appelle la technologie. Je t’explique : «clic», la bouilloire s’éteint, «clic», j’allume une lumière artificielle, «clic, clic, clic» j’écris sur le clavier pour mes amis. La technologie c’est ce qui nous a permis de construire des engins spatiaux, d’aller sur la lune contempler le clair de terre (magnifique !). Alors on s’est mis à rêver d’aventures nouvelles. Et dans le même temps, beaucoup ont pris conscience que notre planète si belle, si généreuse était un peu seule et réellement limitée. N’oublie jamais de la saluer chaque matin au réveil.
le bébé : Il faudra me guider
La maman : Oui, je t’expliquerai.
Et je peux même rajouter que grâce à la technologie on a pu inventer des objets plus ou moins fabuleux qui nous rendent la vie plus confortable, plus souple, plus douce, plus ample… Enfin à condition de ne pas perdre de vue l’essentiel…
le bébé : c’est quoi, l’essentiel ?
La maman : La vie sur notre terre, c’est comme les feuilles des arbres, ça ne peut pas durer éternellement, ça n’est pas pérenne. Il faut apprécier chaque chose avec subtilité, précieusement ; je ne connais rien qui ne soit pas fragile. La vie n’est pas compatible avec la négligence. Il faut comprendre que les actions, les choix même simples de chacun influencent l’avenir de tous les êtres vivants.
le bébé : Hou la la ! ça va être compliqué ! Comment je vais faire, moi, tout seul !
La maman : Mais tu ne seras jamais seul Bébé. Tu auras toujours ton génome avec toi.
le bébé : Et c’est quoi, ça, un génome ?
La maman : C’est ton programme, celui qui t’a construit. Il te vient de moi bien sûr, mais aussi de ton père, de nos parents, de nos grands-parents et ceci depuis la création du monde. Il t’a été donné par tous ceux qui ont vécu avant toi, il contient l’histoire de notre humanité. Il est si élaboré et si fragile à la fois. Pense que tu devras le transmettre toi aussi et de préférence en bon état. Alors sois vigilant. Ecoute ton corps, écoute tes émotions. Ecoute ta réalité profonde. Ecoute cette longue chaîne d’amour. Ton génome contient des réponses, des ressources insoupçonnées. Ce n’est pas seulement une suite d’informations, c’est une synergie de toutes ces informations. Il est ta vie ; il est LA VIE….Alors ?
le bébé : Alors quoi ?
La maman : Viens-tu maintenant ?
le bébé : Attends un peu.
La maman : Oui, un peu…. Allez, viens, tu es mon avenir et l’avenir de ce monde. Viens écouter, regarder, apprendre, réfléchir et aimer. Sans la connaissance et sans l’amour on peut craindre les lendemains. Viens apporter ton aide ! Viens voir ce nouveau jour !
le bébé : Je viens...
19:03 Publié dans Concours, Culture, Langue, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : semaine de la langue française, théâtre
19.03.2009
Résultats du concours (4)
Le deuxième prix du concours de la semaine de la langue française est attribué à Isabelle Ronté. Son texte est de tonalité tragique, mais il possède une grande force dramatique. Dans les propos échangés par deux personnages, simplement désignés par des lettres A et B (comme chez Beckett), toute l'injustice du monde est dite. Ce beau texte, très émouvant, a été retenu par le jury qui s'est montré très sensible aux idées généreuses que l'auteur exprime et à la musicalité du dialogue.
Transcender la mort
Dans une chambre d’hôpital, un enfant endormi dans un lit, il s’appelle Younes, deux soignants parlent près de lui.
A - Salut l’artiste, toujours fidèle au poste ?
B - Et oui, et toi t’as repris du service ?
A - Je remplace Manu, son gamin est malade. Alors toujours en train de
rimer la vie ?
B - Plus que jamais, devant ce gosse, la poésie me permet de voir, de
ressentir la beauté de la vie et même de la mort
A - Oui, moi j’ai un appareil numérique, la beauté de la vie, je te la
transforme en format 10x15, la beauté de la mort, tu m’excuseras,
mais la mort c’est le néant et mon sony ne photographie pas le
vide.
B - Mais la poésie, c’est aussi la musique, la musique des rimes.
A - Je peux te mettre un fond sonore si tu veux ?
musique de rap en sourdine
B - C’et quand même émouvant d’entendre un beau texte.
A - Ah oui...
B - Ecoute ! (Il chante sur un rythme de rap)
L’enfant regardait son ailleurs
Dans son regard nulle frayeur
Que pouvait-il ici bas désirer
Pas d’immortalité
Pour son corps en souffrance
Pas de clic sur le bouton chance
A - Ouais, ce gosse y va crever, Vu que personne n’est capable de
mettre deux génomes bout à bout pour le réparer, ce n’est pas la
peine de faire de belles phrases pour le dire.
B - Alors toi, tu vas dire, Younes est mort ce matin tout seul sur son lit
d’hôpital entouré de perfusion.
C’est une vision d’horreur.
A - Oui mais c’est la vérité toute crue. tu préfères que je te la joue
comme ça :
(chanté sur le rythme de rap)
Younes est mort ce matin
Il avait l’avenir dans ses mains
L’humanité n’a pas voulu de lui
Il nous quitte aujourd’hui
Son seul tort
Etre atteint d’une maladie non rentable
Pour l’industrie pharmaceutique
Il était né sur le mauvais continent
Il mourra sur le bon
Ses parents en camp de rétention
Pour avoir cru en un meilleur
Pour avoir cru à l’universalité du monde
Il n’y a d’universel que le capitalisme
Les frontières ne sont là que pour ceux qui souffrent
Tu vois ici même dans notre petit coin de terre
On met un péage pour protéger notre avenir
N’y a-t-il pas d’autres moyens pour vivre en harmonie
Que de se barricader et d’exclure nos semblables
On se donne bonne conscience, c’est pour la planète.
B - Tu vois, c’est quand même plus joli quand il y a de la musique dans les mots. Moi avec la poésie, je transcende la mort pour en faire
ressortir la beauté.
Son rire illumine le clair de terre
Virevoltant comme une phalène
Younes a vaincu l’enfer
Sa vie est désormais pérenne.
A - Clair de terre, vers de terre, c’est plutôt avec ceux-là qu’il va bientôt
pouvoir jouer.
B - Toi décidément, la beauté t’as du mal à capter.
A - Moi, mes capteurs sont plus réalistes, si t’as pas eu la chance
d’être compatible avec ta vie, ben tu crèves et c’est tout, que tu le
veuilles ou pas.
B - La poésie me permet justement d’aimer la vie, même si la mort est
au bout, justement parce que la mort est au bout.
La poésie me permet de rire de la mort et de pleurer de bonheur, la
poésie c’est la vie.
A - Oui, ta poésie, c’est une couverture dont tu entoures les mots pour
qu’ils disent en douceur l’horreur de cette fin. Toi ta patrie c’est la
poésie, moi j’ai choisi une fois pour toute la mienne.
B - Ah oui, laquelle ?
A - Ma patrie … c’est l’humanité*.
B - Et pour Younes, maintenant, sa patrie c’est l’éternité.
* Comme le souhaitait Victor Hugo, dans Le Rhin : "avoir pour nation, le monde, et pour patrie, l'humanité".
13:11 Publié dans Concours, Langue, Musique, Poésie, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : semaine de la langue française, théâtre, rap
18.03.2009
Résultats du concours (3)
Concours de la semaine de la langue française, 3e prix, mention Théâtre et Mémoire, attribué à Guy Lopinto.
Théâtre puisque c'est une très jolie saynète mêlant le fantastique et la réalité. Mémoire, puisque notre lauréat s'inspire d'un personnage de Saint-Exupéry devenu mythique dans nos mémoires. Et que le Théâtre et la Mémoire sont les principes fondateurs de notre association.
Le jury, (composé de deux comédiens, deux auteurs, deux journalistes et deux spectateurs amateurs) a été séduit par cette "tranche de vie" où l'imaginaire enfantin sublime le quotidien.
Marjorie et le Petit Prince
Marjorie : Mais puisque je te dis que je l'ai vu,.je l'ai vu, vu te dis-je, bien vu !
La Mère : Tu n'as pu que le voir, bien sûr, je n'en doute pas un instant....mais je voudrais lire également ton devoir de grammaire! Il est huit heures, Marjorie, ton père va rentrer, le dîner n'est pas encore prêt, et je t'assure que ce petit garçon peut attendre !
Marjorie : Je ne vois vraiment pas le rapport.je te parle d'un petit prince de la lune, et tu me parles de grammaire !
La Mère : Je ne te parle pas de grammaire, Marjorie! Je te parle de ton devoir de grammaire! Allez, dépêche toi, s'il te plait, le temps presse vraiment !
Marjorie : Dans le jardin, sous le grand figuier, un petit garçon tout blond était assis..elle était belle sa canne bleue..et sa petite voix, sa petite voix...
La Mère : Marjorie, écoute!
Marjorie : Il était très fatigué, maman, il bâillait le petit garçon, il bâillait...
La Mère : Marjorie!
Marjorie : Mais maman, puisque je te dis qu'il était fatigué le petit garçon !..."Les étoiles sont belles à cause d'une fleur que l'on ne voit pas"...
La Mère : Qui t'a dit ça ?
Marjorie : Mais le petit garçon, voyons !
La Mère : Marjorie...tu l'as lu en classe le livre de Saint-Exupéry récemment ?
Marjorie : Tu sais bien que non, maman...tu m'as promis de m'acheter le livre avec les images pour mon anniversaire !
La Mère : Ah bon? Et....
Marjorie : ...Il m' dit que le génome de l'espèce humaine allait se modifier...
La Mère : ....Il t'a dit quoi?
Marjorie : Je te l'ai dit...il m'a dit que le géronome de l'espèce allait se modifier..
La Mère : Tu n'as pas dit ça, Marjorie, tu as dit autre chose...
Marjorie : Ben oui, quoi...j'ai dit le génome!
La Mère : On t'a parlé de ça récemment à l'école?
Marjorie : Mais pourquoi veux tu qu'on m'en ait parlé...c'est pas un truc d'école ça!
La Mère : Bon... cinq minutes alors...viens, viens sur mes genoux....et ensuite que t'a t il dit encore ce petit Prince?
Marjorie : Il m'a dit qu'il venait d'ailleurs, d'un pays où le clair de terre est magnifique...il y cultive une fleur… et puis j’ai rien compris..il m'a dit qu'il craignait que son mouton ne mange la fleur… un mouton, une fleur, je ne vois pas le rapport moi...je t'assure, parfois c’est n'importe quoi!
La Mère : Ah oui, je vois… et il t'a dit quoi, encore, le Petit garçon?
Marjorie : Alors là...j'ai encore moins compris... un truc bizarre: à partir de son capteur il étudiait notre planète ce qui le rendait très inquiet… mais vraiment inquiet, tu sais ? Il pleurait comme un petit enfant!
La Mère : Mais c'est un petit enfant, Marjorie… enfin... tu m'as bien dit ça, hein, Marjorie?
Marjorie : Tu ne m'écoutes pas vraiment, maman, cela fait cent fois que je te dis...
La Mère : ...Cent fois… tu exagères un peu peut être...
Marjorie : ...Enfin bon...quatre vingt dix neuf fois, au moins!
La Mère : Mais t'a-t-il dit pourquoi il était inquiet ?
Marjorie : Oui oui, un truc délirant encore....la touche de quelque chose..la touche de la zone qui allait amener la catastrophe...Il a dit que notre planète allait mourir tu vois le genre...ce sont les êtres vivants qui meurent, pas les planètes!
La Mère : Tu es sûre qu'il n'a pas parlé de la couche d'ozone?
Marjorie : Ah oui c'est ça maman...mais comment sais tu cela, toi? Tu l'as vu aussi le petit garçon?
La Mère : Non ma chérie... pas récemment... mais je le rencontre aussi quelquefois...périodiquement en tous cas...c'est un vieux rêve qui revient souvent, et qui fait clic dans ma tête pour me rappeler que c'était un très beau rêve!
Marjorie : Mais maman… tu pleures... non, non, maman, je ne veux pas que tu pleures... Ce sont les enfants qui pleurent... les mamans ce n'est pas compatible avec les fleurs...les pleurs, je veux dire!
La Mère : Mais je ne pleure pas, ma chérie, les yeux me piquent un peu... voilà tout ! Bon allez… je te donne encore cinq minutes pour terminer cette histoire... et il t'a dit quoi encore?
Marjorie : Oh rien d'intéressant… encore des mots bizarres..il m'a dit que pour que l'humanité demeure pérenne il faudra changer beaucoup de nos habitudes... mais il craignait qu'il ne soit trop tard… et c'est pour cela qu'il pleurait... tu sais… un peu comme le petit Jésus quand je fais des bêtises ! Finalement, il ressemblait beaucoup au petit Jésus le petit garçon... c'est drôle !
La Mère : Oui...c'est drôle...enfin drôle... Bon... on arrête maintenant, le potage va se faire désirer… et tu as retenu quoi finalement de cette histoire ?
Marjorie : Ben....qu'il avait une jolie canne bleue, le Petit Prince, et que j'aimerais avoir la même!
La Mère : C'est tout ?
Marjorie : Ben oui, c'est tout...pourquoi ?
La Mère : Pour rien ma chérie, pour rien… garde bien cette vision dans ton cœur, et réfléchis-y bien au cours de ta vie... elle pourrait te transformer.
Marjorie : Mais maman, ce n'est pas une vision, JE L'AI VU!
La Mère : Mais personne n'en doute, Marjorie, personne...allez...laisse moi préparer le diner, maintenant !
Marjorie : Dis maman !
La Mère : Quoi encore !
Marjorie : Dessine moi un mouton !
La Mère : Ah non !
11:27 Publié dans Concours, Culture, Langue, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, semaine de la langue française
17.03.2009
Résultats du concours (2)
Pour le concours de la semaine de la langue française, Wanda Brewinski a été distinguée par un prix de l'humour.
Brèves de bistrot
Le carillon de la porte du bistrot émett son bruit cristallin.
Le patron : Salut Paulo, quel bon vent t’amène !
Paulo : Je sors de l’hôpital, ils m’ont remis à neuf.
Le patron : Ah ! Je pensais que t’étais parti voir ailleurs si le vin était meilleur.
Paulo : Tu plaisantes ! Allez sers moi ton p’tit blanc sec.
Le patron remplissant le verre de Paulo : Alors ! Qu’est-ce qui t’ont trouvé ?
Paulo : Un début de cirrhose du foie.
Le patron : Oh ! Mon pauvre. Tiens ! Bois un coup cela te remettra.
Paulo : Ça doit venir de famille, car mon père en a eu une, mon grand-père également et maintenant c’est moi. Cela doit tenir du génome familial.
Le patron : Dis donc, en fréquentant les docteurs t’en as appris des mots savants.
Paulo : Ouais ! Le grand patron, celui qui commande tous les autres, est venu me voir dans ma chambre.
Le patron : T’en as des relations.
Paulo : Il m’a dit que l’alcool n’était pas compatible avec mon foie. J’lui ai dit que je ne buvais pas d’alcool. C’est vrai quoi, le vin blanc c’est pas de l’alcool ! C’est que du jus de raisin qu’a bien tourné ; le vinaigre, lui, il a mal tourné. Il m’a dit que si je continuais, j’risquais le delirium tremens.
Le patron : Ben ton délire, s’il est mince, ce n’est pas trop grave.
Paulo : D’ailleurs, pour lui, même si j’arrête de boire je s’rai toujours un alcoolique. Alors, je ne vois pas pourquoi j’arrêterai. (Un temps) Il m’a dit également que j’aurais des visions horribles. Tant que j’ vois pas ma belle-mère, j’m’en fous
Le patron, resservant Paulo : Bah ! Tant qu’on a la santé. Tiens ! Celui-ci est pour moi.
Paulo : J’avais la télé dans ma chambre et j’ai entendu aux actualités que maintenant, les milliardaires savent plus quoi faire de leur pognon, alors ils partent voyager dans l’espace. Nous les simples, on aimerait un jour pouvoir décrocher la lune, mais on se contentera d’aller voir le clair de lune à Maubeuge. Par contre, eux, les riches ils peuvent se payer une virée dans l’espace rien que pour admirer un clair de terre.
Le patron : Ah ! Quand t’as du flouze, tu peux désirer partir où tu veux. C’est beau l’progrès !
Paulo : En tous cas, là-haut, j’vois pas comment ils pourraient boire leur p’tit vin blanc ou leur champagne, avec l’apesanteur. Dès que tu ouvres la bouteille, le bouchon, il part ou il reste ?
Le patron : T’en fais pas pour eux, ils doivent être outillés.
Là haut, tes milliardaires peuvent transformer la nourriture liquide en nourriture solide ; leur champagne ils n’ont plus qu’à le mâcher. Ils le mettent dans des tubes et aspirent à même le bout. T’as le goût mais pas les bulles.
Paulo :Ouais, t’as raison faut vivre avec son temps et là-haut dans l’espace avec l’apesanteur, le temps passe au ralenti. Tu crois qu’ils ont trouvé ce moyen pour vieillir moins vite que nous.
Le patron : C’est bien possible. Un vieux, par exemple, dans sa capsule spatiale, et ben, il n’a plus de rides, car avec l’apesanteur, sa peau remonte et il a à nouveau une peau d’ bébé. Par contre, dès qu’il revient sur terre, tout r’descend, lui et ses rides.
Paulo : Ouais ! Mais ça revient cher l’anti-rides. Mon fils de 16 ans qui est toujours scotché devant son ordinateur m’a dit un jour qu’avec un seul clic on pouvait parler avec un type qui habiterait soit en Australie soit en Chine.
Le patron : Ton fils, il cause pourtant pas le chinois, ni l’australien ?
Paulo :Non, mais j’étais comme toi intrigué, alors il m’a dit que sur sa bécane il avait installé un traducteur. Alors lui il parle français à un chinois qui lui parle en chinois et le traducteur traduit en français.
Le patron : On n’arrête pas le progrès, bientôt on va nous greffer des capteurs dans le crâne qui traduiront toutes les langues étrangères ; comme cela plus besoin d’apprendre les langues étrangères à l’école.
Paulo : Va y en avoir des profs au chômage si t’as plus besoin d’apprendre les langues étrangères. Déjà qu’on les voit plus dans la rue qu’à l’école !
Le patron : Grâce à la médecine, ils vont te transformer en robot et tu comprendras tout. Tu vas devenir tout à coup intelligent sans rien avoir appris.
Paulo : Mais comme dit mon fils, dans quelques années tout le monde parlera anglais. Il m’a dit quelque chose que je n’ai pas compris : l’anglais deviendra obligatoire. Il m’a dit que cela deviendra une langue pérenne.
Le patron : Père N ? Père N ? N ? Qu’a-t-il voulu dire là ? Ah ! J’ai compris, il veut parler du Père... Noël. Maintenant les jeunes parlent en raccourci, il faut les comprendre. Mais, à 16 ans, ton fils, il croit encore au père Noël ?
16:51 Publié dans Concours, Culture, Langue, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : semaine de la langue française, théâtre
15.03.2009
Premiers résultats
Ce fut un moment chaleureux. Madame Gisèle Vergnon, maire de la commune de Sainte-Marie nous avait fait l'honneur et le plaisir de présider cette remise des prix. C'est un concours modeste. La télé n'y vient pas filmer des stars, mais la correspondante du Phare de Ré y assiste fidèlement. Pour mettre les textes en voix, Annie Schindler, de l'Odyssée Théâtre de La Rochelle nous a prêté son talent. Elle reviendra nous aider à les mettre en scène.
On y gagne des livres de Théâtre, puisque le Théâtre est le coeur de notre association. Et que, le Théâtre, c'est d'abord un texte. Mais plus que tout on y gagne le plaisir d'être ensemble. Cela porte un nom : l'Amitié.
On dit que le théâtre est difficile à lire. Nos adhérents le lisent sans difficulté.
On dit que le théâtre est élitaire. Mais personne ne porte de Rolex dans notre association qui regroupe des membres d’horizons différents.
On dit que le théâtre est intellectuel, et José Artur le dit même souvent "INTELLICHIANT", mais aucun de nous ne s’est ennuyé. Et nous espérons vous faire partager nos joies. Car ces réunions, ces saynètes ont permis de créer un lien entre nous.
Nous nous sommes réunis, tout au long de l’année parce que nous aimons la langue française et que grâce à elle, nous partageons nos émotions, nos souvenirs, notre histoire.
Le prix d'encouragement a été, cette année attribué à Guy Le Huludut, venu de Nantes spécialement et que nous remercions de sa participation poétique.
Guy aime rimer. Il le fait avec humour. C'est dans la tradition des poètes de la Renaissance.
C’est donc tout naturellement qu’il écrit ce dialogue entre le poète, le vrai, celui à qui les muses, d’origine divine parlent naturellement, et l’homme ordinaire qui cherche ses rimes avent de chercher à écrire.
Pour l’un tout paraît facile, pour l’autre tout est effort.
Guy nous donne ici une grande leçon de philosophie.
Car ce n’est pas parce qu’une chose est difficile qu’elle est impossible. Elle est impossible parce qu’on n’a jamais essayé.
Guy a essayé, et s’est prouvé à lui-même que rien n’était impossible.
Le Poète et le Rimailleur
Le Poète :
C’est bien pour enrichir cette capacité
Du fabuleux français à vouloir exprimer
Les enjeux de demain et de plus tard encore,
Les préoccupations du temps qui nous dévore,
Qu’on a mis à l’honneur au printemps dix grands mots
Dont on croit qu’ils seront guérisseurs de nos maux
Afin que chacun puisse en notre belle langue
Extraire les vertus du tréfonds de leur gangue
Pour dire aujourd’hui et penser l’avenir
Puisant force et richesse en chaque souvenir !
L’Rimailleur :
Que mon souci est grand d’aller ainsi en quête
De chacun de ces mots choisis pour cette fête
Moi qui suis du françois l’un de ses bredouilleurs !
C’est ainsi que je trouve avec quoi rime « ailleurs »
Mais il me faut aussi chercher la rime en « clic »
Et lors qui donnerait le moindre pronostic ?
Le Poète :
Soyez donc dans la lune autant qu’il peut vous plaire
Et vous apprécierez ce qu’est « un clair de terre » :
« Vision » de ce regard « capteur » d’une beauté
Superbe infiniment et pour l’éternité !
L’Rimailleur :
Mais ce mot de « génome » ou ce mot de « pérenne »
Ce verbe « transformer » qui lui reste à la traîne
Que vais-je donc en faire et qui peut désirer »
En faire quelque usage ou les bien admirer ?
Le Poète :
Sachez mon cher ami qu’à tout indescriptible
Il n’est point que je sache un seul mot « compatible »
Aussi contentez-vous de nous les avoir dits
Car s’ils ne sont divins, ils ne sont pas maudits !
Nul ne vous en voudra de n’avoir su qu’en faire
Car ils ne sont pas mots qui peuvent satisfaire
Celui dont le devoir est de les déclamer
Sachant que, pour aucun, on ne peut l’acclamer !
À quoi peuvent servir et pérenne et génome
Quand babille une caille au matin dans un chaume ?
Mais soyez donc sans crainte elle s’achève ici
Cette petite scène et je vous dis : Merci !
(à suivre)
11:58 Publié dans Culture, Langue, Livre, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : semaine de la langue française, concours, langue, théâtre
13.03.2009
Remise des prix
C'est demain, samedi 14 mars que nous remettons les prix (modestes, mais bien réels) aux gagnants du concours de la
SEMAINE DE LA LANGUE FRANçAISE
à midi
à la Médiathèque de Sainte-Marie de Ré
Entrée libre, mise en voix des textes et... pot de l'amitié.
sous la présidence de Madame le Maire.
On vous y attend.
14:00 Publié dans Concours, Culture, Langue, Livre, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : semaine de la langue française, concours, langue, théâtre

